Tout comme le concept d’identité masculine, celui de virilité est à géométrie variable.

Ainsi, l’histoire n’a eu de cesse d’effriter puis reconstruire ou remettre en cause la virilité. Aussi Georges Vigarello, historien incontournable du sport et des représentations du corps, publiait-il en octobre dernier un ouvrage en trois volumes intitulé Histoire de la virilité.

Mais parce qu’il serait trop long de revenir sur l’ensemble de ces 3 tomes, nous avons choisi de partager avec vous les principaux enseignements que nous avons retenus d’un entretien musclé de Vigarello pour télérama.fr (oct. 2011)

La virilité, une valeur fluctuante
« Tout le monde croit savoir ce qu’ « être viril » veut dire » « Pourtant, c’est une valeur fluctuante à travers l’Histoire… »

La virilité, depuis le 16è siècle, c’est aussi la bienséance
« de nouvelles exigences se sont imposées, à partir du XVIe siècle, à l’idée du « masculin » : la courtoisie, le respect de l’étiquette ou la délicatesse, qui allaient à l’encontre de la virilité traditionnelle »

La virilité pendant l’Antiquité
« Chez les Spartiates, il y a les hommes vrais et ceux qu’on appelle alors les trembleurs » « La réputation d’homme viril se mérite. Ainsi, un homme sera ostracisé parce qu’il a cédé lors d’un combat. »

La virilité chez les Greco-Romains passe, elle… par la sodomie !
« L’important , chez les Grecs comme chez les Romains, c’est que la formation du viril passe par l’acceptation d’une domination, notamment sexuelle : la virilité consiste à satisfaire son désir et, chez Socrate, se faire sodomiser est pour les garçons un rituel initiatique leur permettant d’accéder à la virilité »

…ce n’est qu’au Moyen-Age (Église Catholique oblige) que ce rite de domination sexuelle prendra fin. On assiste ensuite au temps des Lumières à un moment clé dans l’histoire de la virilité, pour la première fois remise en cause avec la mise en doute de l’héritage patriarcal ou l’image du père comme autorité naturelle.
On assiste par ailleurs à l’émergence d’un « je » au féminin.

19è : héroïsme et esprit d’entreprise
« Être viril au XIXè, siècle de l’armée et de l’industrie, c’est combattre et aussi entreprendre. »

…une notion de virilité alors absolue (héroïsme vs. dégénérescence). Puis, le trauma de la guerre 14-18 brouillera encore les codes : la guerre (et la mort qu’elle entraîne) n’est plus glorifiée, les femmes prennent la place des hommes au travail. Leur statut change alors ! Mais ce ne sera finalement qu’en étant présentes (et performantes) dans le domaine du sport, que les femmes brouilleront finalement la dernière chasse gardée de la virilité au masculin !

« On a dit de Jeannie Longo qu’elle était macho, et le footballeur David Beckam a ouvert l’ère des ‘métrosexuels’ « 

La virilité au gymnase
L’ouvrage de Vigarello retrace donc l’histoire d’une virilité qui n’a eu de cesse d’être en position de fragilité. Pour autant, certains signes de virilité traditionnelle peuvent parfois refaire surface, c’est ainsi que des icônes du masculin aux États-Unis telles que Stallone ou Schwarzi ont porté le culte du muscle viril et patriote. Même si…
« aujourd’hui, la poursuite de ce mythe de toute-puissance physique est d’abord le symptôme de virilités qui se cherchent. »

 

 

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