Lors d’une conférence sur la cosmétique au masculin organisée en 2009 par l’Adetem, la sociologue Christine Castelain Meunier, auteur d’un livre intitulé « Les Métamorphoses du masculin », a fait une intervention passionnante sur l’évolution du rapport de l’homme à son corps.

On se souvient de la scène du film Germinal, où Miu Miu lave Gérard Depardieu : elle soigne le corps de l’homme en tant qu’outil de travail. Un tel acte serait impensable aujourd’hui, symbole d’une aliénation totale de la femme à l’homme. C’est désormais l’homme qui s’occupe de son propre corps.

A travers cet exemple, on voit combien le rapport de l’homme à son corps a changé en un siècle. Ce rapport est étroitement lié à l’évolution du statut de l’homme par rapport à la femme, dont Christine CASTELAIN MEUNIER a retracé les grandes étapes dans son intervention.

La période traditionnelle (avant la Révolution française) met l’accent sur le rôle social de l’homme. C’est son statut dans la communauté (sa force de travail, sa fortune) qui font foi ; sa personnalité, son corps ou ses manières importent peu. Dans un contexte religieux, l’homme est le pôle de la culture, du sacré, tandis que la femme est le pôle de la nature, du profane, de l’impur.

Dans la période industrielle (jusqu’aux années 60), se dessine le clivage entre sphère publique et sphère privée : l’homme est dans la sphère publique, il est la force de production. Il peut donc laisser aller son corps puisque c’est lui qui détient le pouvoir au sein de la famille. A la force physique s’est substituée la dextérité, la connaissance, la rationalité industrielle qui prive l’homme de l’accès à l’émotion et à la subjectivité. Quant à la femme, elle est cantonnée dans son rôle d’épouse et de mère, dans la seule sphère des émotions.

La période post industrielle voit la fin du clivage public / privé, avec l’accès des femmes au travail dans les années 70, qui leur permet de s’émanciper. Pendant longtemps, les rôles sociaux empêchaient l’homme d’être dans l’authenticité, d’affirmer son genre. Désormais, il cherche à combiner deux sphères jusqu’à présent séparées pour lui. Il s’agit toujours pour lui d’affirmer sa virilité, tout en acceptant ses fragilités et en marquant sa subjectivité. Or le corps est au cœur de l’affirmation de cette subjectivité : désormais, la force physique n’est plus associée au travail mais à l’entretien de soi.

Cette nouvelle ère construit un nouveau rapport homme / femme, qui se caractérise par la recherche du respect mutuel, de l’authenticité dans les relations, de l’affirmation de soi.

Si le passage d’une monoculture à une polyculture masculine dans la société post-moderne constitue une grande ouverture sociale, il est également source de multiples angoisses (comment se construire dans sa subjectivité ?), de tensions (de l’homme sujet à l’homme objet), avec, selon les périodes de la vie, une réhabilitation temporaire du masculin défensif.

Tout ceci construit un homme complexe, difficile à cerner. Métrosexuel, übersexuel, le nouvel homme échappe à ces multiples étiquettes un peu kitsch et caricaturales. A défaut de définition, une figure incarne aujourd’hui à merveille ce nouvel homme : élégant, attentif à son corps sans excès, de belle prestance, Obama prouve qu’être un homme aujourd’hui, oui, c’est possible.

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